LIBRAIRIE JEAN-LOUIS ETIENNE

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INTERVIEW DE PIERRE WATTIEZ-WATCH

www.pierrewattiezwatch.com

 

·         JLE :              Pierre, à ta santé !

·         PWW :           A la tienne, mon vieux ! Je t'avoue que j'aime beaucoup bien manger et bien boire, parfois avec un peu d'excès. Je suis breughelien de nature, j'aime le bon vin et la bière et je ne peux concevoir une vie d'ascète.

·         JLE :              Pourrais-tu résumer ta carrière artistique en quelques phrases ?

·         PWW :           Je l'ai fait il y a quelques semaines, pour une exposition. Je dois avouer que cela devient hallucinant, tout est passé si vite ! Mon parcours est assez classique : Après des études d'arts graphiques, j'ai commencé par faire de la bande dessinée pour les magazines Tintin et Spirou. Par la suite, je suis devenu illustrateur, ce qui m'a permit de ne plus subir le diktat du découpage et des cases de BD. Mon dessin bénéficiait de plus d'espace. De l'illustration, j'en suis venu tout naturellement à la peinture, et j'ai l'intention de me consacrer bientôt à la sculpture. Je suis attiré non seulement par le plaisir de créer, mais également par le côté technique de la peinture et de la sculpture. Ma première exposition date de 1983. J'avais fait les illustrations d'un album de Michel de Bom intitulé « Zarziz ». Cet ouvrage ayant été refusé par l'éditeur pour des raisons financières, je me suis retrouvé avec mes illustrations sur les bras et j'ai fait une première exposition à la galerie « Pepperland ». J'ai été agréablement surpris du succès et depuis, je fais environ une exposition par an.

·         JLE :              Et tu en as fait quelques unes depuis ! L'album « Osmose » est né d'une rencontre lors d'une expo ?

·         PWW :           Oui, en 1995, quatre tableaux des « Jardins extraordinaires » d'Alan Wil étaient exposés au onzième Festival du Film Fantastique de Bruxelles et Jean-Claude de la Royère a attiré mon attention sur un visiteur qui observait mes tableaux avec beaucoup d'attention. Jean-Claude m'a dit que c'était Thomas Owen. Je ne l'ai pas cru tout de suite, pour moi, Thomas Owen fait partie des mythes de la littérature fantastique, au même titre que Jean Ray ou Michel de Ghelderode. J'ai posé ma chope et j'ai été le trouver.

·         JLE :              D'après la préface d'« Osmose », tu as gardé ta chope en main !

·         PWW :           Ah oui, c'est juste ! Dans cette préface, Jean-Claude a même écrit : « sans lâcher son verre de bière (ce serait de la science-fiction) ». Je me suis retrouvé face à Thomas Owen qui m'a examiné des pieds à la tête, l'œil rieur derrière ses petites lunettes. Je l'ai invité à une exposition à Saint-Gilles, à la suite de laquelle nous avons décidé de collaborer. Le projet initial était que j'illustre des textes existants. Son œuvre étant en cours de réimpression, il m'a proposé d'écrire des textes d'après mes tableaux. Le projet initial devait s'appeler « Chronosphère », mais c'était déjà le titre d'un CD de Jean-Michel Jarre. Après avoir hésité entre une quarantaine de titres, nous avons choisi « Osmose ».

·         JLE :              Alan Will est une autre rencontre décisive pour ta carrière ?

·         PWW :           Je l'ai rencontré lors d'une expo à l'abbaye de Forest en 1993. A l'époque, « Jurassic Parc » venait de sortir sur les écrans et Alan avait composé une musique sur le thème des dinosaures. Il cherchait un illustrateur pour la pochette de son CD et je lui ai peint un triptyques représentant un tyrannosaure. Ce fut une expérience très agréable, je trouve qu'il manquait une dimension musicale à mes tableaux. Par la suite, nous avons réalisé « les Jardins extraordinaires » ensemble. Il s'agit d'un coffret tiré à cent exemplaires comprenant un compact-disc et quatre reproductions de mes tableaux.

·         JLE :              Tu as également été musicien.

·         PWW :           Et je le suis toujours. Avec des professeurs et des parents d'élèves d'une école d'Anderlecht nous avons formé un groupe qui s'appelle « les Tontons du Rock », on ne rajeunit pas ! Depuis 1963, j'ai fait partie de nombreux groupes en tant que chanteur, guitariste et compositeur. Le principal était « Granit K.K. » ou « Granit Caca ». On chantait un rock violent et bizarroïde, à la Nina Hagen, en cassant des Manneken Pis et des TV sur scène. Les Who, eux cassaient leurs amplis, mais nous, on n'avait pas les moyens ! On jouait sur des instruments de récupération, des cracheurs de feu chauffaient la salle, au sens propre et au sens figuré. En cas de problème avec un organisateur malhonnête, on envoyait notre batteur, Bang-Bang, un colosse dont le surnom était tatoué sur les phalanges, à la manière de Robert Mitchum dans « la Nuit du Chasseur ».

·         JLE :              Je ne vais pas manquer ton prochain concert ! Revenons-en à la peinture. On trouve des constantes dans tes tableaux : des symboles précolombiens ou, un petit triangle rouge qui accompagne ta signature...

·         PWW :           Le triangle, ça a été tout d'abord un clin d'œil, entre autre parce que c'est le logo d'une marque de bière connue ! Maintenant, j'en suis devenu un peu prisonnier, c'est devenu un élément indissociable de ma signature en bas à droite du tableau. Quant aux symboles ésotériques, ils sont apparus pour la première fois d'une façon un peu magique, je voulais peindre des brins d'herbes et des brindilles et j'ai inconsciemment dessiné ces symboles. depuis, je les ai reproduits dans d'autres tableaux et ils deviennent de plus en plus une sorte de marque de fabrique. Ils naissent toujours par hasard, mais certaines personnes ont réussi à traduire certains symboles du tableau « le Philosophe ».J'ai appris à cette occasion que ces signes, qui existaient dans une civilisation arabe ancienne, ne pouvaient pas être représentés ensemble. D'autre part, j'ai vu certains de ces symboles dans une grotte en Corse, ils existent dans différentes civilisations.

·         JLE :              Tu es fort influencé par le fantastique et la science-fiction ?

·         PWW :           J'ai lu énormément de science-fiction française et américaine dans les années 70. J'ai commencé par des classiques, les grands fantastiqueurs belges ou Barjavel par exemple. Par la suite, j'ai fait des découvertes grâce aux bouquins qu'on s'échangeait entre copains du journal « Spirou ». J'ai particulièrement apprécié « Cristal qui songe » et « Killdozer » de Theodore Sturgeon. A cette époque, je lisais un à deux romans par jour. Je suis aussi passionné par les OVNI. J'ai une collection d'une centaine de cassettes vidéo sur le sujet, des films de science-fiction et des documents d'amateurs dans lesquels on découvre des choses extraordinaires. Les soucoupes volantes et les extraterrestres n'apparaissent pas dans mes tableaux, parce que je me les imagine mal et je ne veux pas tomber dans les clichés. Je suis fasciné par les Crop Circles et les traces qui existent en Amérique du Sud, les fameuses « Pistes de Nazca ». On y retrouve parfois les mêmes signes cabalistiques que dans mes tableaux.

·         JLE :              L'univers de Thomas Owen est fort éloigné de tes principales sources d'inspirations.

·         PWW :           C'est vrai, mais il y a dans son œuvre un déclic qui survient dans un univers étrange et presque maladif. Ses textes regorgent de mystères, c'est un aspect qui me plaît beaucoup.

·         JLE :              Tes tableaux aussi sont souvent très mystérieux

·         PWW :           Oui, les univers se mélangent, les plantes sont aquatiques, terrestres ou des hybrides, les animaux sortent de mon imagination ou sont réels, quand leur beauté se suffi à elle –même. Toute activité artistique demande beaucoup d'énergie, elle pousse à se dépasser et dès que j'ai terminé une œuvre, j'ai envie de recommencer et de faire mieux. Je n'ai pas de remords à vendre une peinture. Les gens se propulsent dans le tableau qu'ils achètent, ils leur insufflent une vie propre. Dès lors, il ne m'est pas désagréable de ne plus les avoir. Certains de mes tableaux abritent des petites fées toutes en rondeurs. L'une d'elle s'est échappée et s'est retrouvée tatouée sur l'épaule d'une très jolie jeune femme. La petite  féérie la suit partout, où qu'elle aille, quoi qu'elle fasse, elle va vieillir et disparaître en même temps qu'elle.

·         JLE :              Terminons par une question plus personnelle avant d'en vider une pour la route.  Tu es un personnage breughelien, bon vivant, mais aussi excessif ?

·         PWW :           Il m'arrive parfois d'être un peu excessif. J'ai ainsi présumé de mes capacités de résistance à l'alcool lors d'une fête au magazine « Spirou » qu'organisait Thierry Martens, le rédac'chef de l'époque. Je me suis endormi à l'abri des regards. Lorsque je me suis réveillé, il faisait nuit et j'étais enfermé dans les bureaux. Un jour, à cause d'un petit coup de blues hivernal, j'ai passé deux heures par –10°C à essayer de faire démarrer ma 2 CV à la manivelle. Lorsque le moteur a enfin tourné, je suis parti pour Rotterdam. Dans le port, j'ai palabré durant des heures avec un capitaine de cargo pour embarquer à destination de Haiti. Finalement, il a refusé et je suis revenu à Bruxelles. Mais comme disait l'oncle Paul de Spirou : « mes petits amis, la prochaine fois je vous raconterai pourquoi un jour j'ai dansé en habits de chevalier teutonique au milieu d'hommes nus et extraordinairement musclés ! » En fait, toutes ces petites aventures (authentiques) nourrissent probablement l'imaginaire de mes tableaux.

·         JLE :              Pierre, un grand merci !

·         PWW :           Mais, il n'y a pas de quoi, mon vieux ! Alors, on la vide, cette chope ?



30/01/2007
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