LIBRAIRIE JEAN-LOUIS ETIENNE

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Le Vampire : personnage-clé d’une littérature à effets fantastiques par ELODIE MERCY

Version remanie d'un article paru dans « Encre noire », n° 36, 3e trimestre 2004.


Naissance d'un mythe ou croyances populaires ?

Plusieurs explications existent, toutes passionnantes et compréhensibles. Cependant il ne faut pas perdre de vue que le vampire est une créature « mythique », ce qui induit des traces dans les mythologies. Le vampire est présent dans toutes les cultures, prenant diverses formes et divers noms. Les explications données ici sont celles qui retiennent particulièrement l'attention. Elles interpellent voire étonnent.

1)       Les épidémies de vampires vont de pair avec les épidémies de peste qu'il y a eu à certaines époques. Il était plus facile pour les gens d'alors de donner une explication fantastique à un phénomène tel que celui-ci. Par ce biais, il trouvait un coupable à leurs misères.

2)       La porphyrie, une origine de la croyance aux vampires : maladie congénitale du sang, caractérisée par l'anémie qui est relative à la pâleur, l'hypertrichose concernant une pilosité excessive, des déformations dentaires comparables aux canines acérées, des dépôts de porphyrines qui colorent les dents et les lèvres, et enfin, une photosensibilité qui fait craindre le soleil. Les symptômes de la maladie sont :

-          une pâleur cadavérique due à une pénurie d'hémoglobine dans le sang et aux médecins qui préconisent de vivre dans l'obscurité 

-          une pilosité abondante (hypertrichose - dont Stoker affuble Dracula) 

-          une déformation des dents - érichrodontie - les dents et les lèvres sont aussi couleur pourpre due aux dépôts de porphyrines (substance due à la perte d'hémoglobine) 

-          une sensibilité accrue au soleil — photodermatite (lorsque le corps des malades est exposé au soleil, la molécule de porphyrine reçoit l'énergie solaire et la convertit en une substance toxique pour les cellules corporelles) 

-          l'ail provoque des crises chez le malade (cette plante contient un composant chimique qui agit malencontreusement avec plusieurs enzymes du foie - très douloureux pour les personnes atteintes de porphyrie) 

-          troubles neuropsychiatriques : ceux qui sont atteints de porphyrie deviennent parfois très violents et irritables, mais contrairement au vampirisme, la porphyrie n'est aucunement transmissible, comparativement à des maladies comme le sida.

Le traitement valable de la maladie était la saignée, dont les malades contrebalançaient les effets avec du sang de bœuf. Cette technique est encore utilisée (Phlébotomie - saignée veineuse). La porphyrie est une maladie congénitale qui, bien que très rare, sévit encore de nos jours (une centaine de personnes au Québec, par exemple) et ne sera vraiment guérissable qu'avec le soutien de la thérapie génique.

3)       La syphilis peut être à l'origine des cas de vampirisme

4)       La physiologie de la mort clinique. Tous les symptômes qui y sont associés paraissent donner au corps les caractéristiques d'un mort-vivant : le teint pâle, les lèvres de couleur rouge,…

5)       Jack l'Éventreur comme origine du Comte Dracula : l'histoire sordide de Jack aurait fait naître dans l'imaginaire beaucoup de personnages littéraires, en particulier celui-ci. Il semblerait que le parcours sanguinaire de cet inconnu et sa disparition subite soit un facteur « romantique » que les écrivains ont exploités pour faire de ce tueur en série l'inspirateur d'histoires vampiriques.

6)       Erzsebeth Bathory[2], la comtesse sanglante (1560-1614) : obsédée par sa beauté, celle-ci pour la conserver trouve l'élixir idéal : du sang humain. Elle s'en procure régulièrement pour prendre des bains afin de garder son corps parfait. Les disparitions régulières aux abords de sa demeure commencent à être suspectes. Suite à une enquête menée par Gyorgy Thurso, l'inconcevable vérité fit jour. La Comtesse est directement condamnée à être emmurée vivante dans la chambre de son château de Csejthe où elle meure une nuit d'août 1614. Cette histoire, véridique, serait aussi une des explications du mythe du vampire (on lui associe la beauté éternelle). Bien que celle-ci ne buvait pas de sang, son besoin de beauté éternelle procurée par le sang est un facteur indispensable dans la naissance de mythes populaires.

7)       Vlad Tepes, dit Vlad l'empaleur[3] : le prince Vlad IV de Valachie (1430-1477) met à sac bien des villes, torture, brûle, tue, empale environ dix mille de ceux qui ont été ses voisins. Son nom est connu pour les crimes qu'il a perpétrés et la cruauté avec laquelle il a agit. Sa mort est a la hauteur des horreurs qu'il a commises : revêtant un uniforme de soldat turc pour tromper l'ennemi il est criblé de flèches par ses propres troupes. Sa tête est remise aux Turcs en guise de trophée, et le Sultan l'expose sur les remparts de son château à Istanbul.

8)       Le syndrome de Renfield : le syndrome qui pousse un individu à boire du sang. Quatre stades y sont associés. Le premier stade survient généralement durant l'enfance, à la suite d'un incident mineur avec blessure(s) l'enfant découvre qu'il peut être excitant de boire du sang, le sien. Cela peut mener au second stade qui est l'auto-vampirisme. C'est le plaisir qu'éprouve un individu à boire son propre sang. Il y a aussi le troisième stade qu'on appelle la zoophagie. Il s'agit de la consommation d'animaux, pour boire leur sang. Les vampires zoophages recherchent particulièrement les animaux de compagnie tel le chat et le chien. Le stade le plus avancé est le vampirisme clinique où l'on boit le sang d'autres humains. Le Vampire « sanguinaire » prend le sang de ses victimes sur une base volontaire. Il est très attiré par le goût du sang humain. Il mord ses victimes par plaisir. Cela lui apporte une énorme satisfaction, voir même l'extase ultime. C'est une drogue pour lui. Apres un certain moment (en général, quelques mois) sans boire de sang, la personne concernée ressentira un manque très intense qui peut conduire, s'il est prolonge a l'automutilation (retour au premier stade). Certaines personnes qui ont atteint ce degré de manque s'infiltrent dans les hôpitaux pour voler le sang entreposé dans les banques de sang. Ce stade du syndrome de Renfield peut même mener au meurtre en série (par exemple le tueur en série surnommé « le Vampire de Düsseldorf », Peter Kürten ainsi que celui surnommé « le Vampire de Nuremberg »).

 

Le vampire du XXe siècle

Afin de dessiner un portrait reprenant les critères physiques et psychiques de ce vampire, je vais les énumérer :

1.        Synonyme d'éternité : l'éternelle jeunesse, qui pour beaucoup est un rêve lui est accessible, et par ce biais renvoie à la beauté, l'énergie, etc.

2.        De moins en moins monstrueux, il s'humanise tant physiquement que psychologiquement. Il peut passer inaperçu auprès des humains et exercer toutes sortes de professions, même les plus inattendues (prostituée,…). Il ressemble de plus en plus à l'être humain. Son statut social varie (alors qu'au 19e siècle, sa seule chance de passer inaperçu provenait de son statut de noblesse) : démocratisation et banalisation de l'espèce. Le vampire d'avant était considéré comme une créature monstrueuse, un autre, un étranger, un bouc émissaire. Le vampire est maintenant un être qui nous ressemble et qui s'intègre dans la société humaine. Le vampire s'est inséré dans la société en imitant l'humain

3.        Le vampire moderne doit être beau, c'est avant tout un être de séduction. Physique : généralement des êtres d'une grande force, d'une grande intelligence et d'une grande beauté avec un aspect à la fois angélique et démoniaque (pour exemple : « Losts souls » de Poppy Z. Britte)

4.        N'est plus nécessairement le visage du mâle dominateur, équilibre au niveau des sexes.

5.        Notion du bien et du mal différente des humains. Les chasseurs de vampires de moins en moins présents : déchristianisation et abandon de la lutte entre le bien et le mal.

6.        Pourrait supplanter la race humaine (un seul commentaire : lire Christopher Golden qui introduit à ce niveau une théorie passionnante, ainsi que « Je suis une légende » de Richard Matheson)

7.        Dons artistiques (« La Reine des damnés » de Anne Rice).

8.        Représentation laïcisée (les symboles religieux ont de moins en moins d'impact sur la non-vie des vampires du 20e siècle). La lutte contre le vampire qui, auparavant se posait comme acte religieux, est différente : le vampire peut être le traqué, comme le traqueur. Le symbolique religieuse pour le tuer est presque dépassée.

9.        Est passé du personnage folklorique au mythe.

10.     Alimente sans cesse le mythe de nouvelles caractéristiques.

11.     Le vampire est rarement fixé en un lieu, il voyage beaucoup.

12.     Liens avec les mortels (que ce soit affectifs ou non, de plus en plus il est possible de rencontrer un vampire qui à une liaison avec une humaine et vice-versa[4]).

13.     L'origine du vampire remonterait à l'aube des temps, bien que chaque auteur contemporain lui donne parfois naissance de manière insolite (Christopher Golden notamment).

Cependant, c'est à ce niveau que la comparaison « Avant/Après » importe. Tous ces détails mis ensemble traduisent un état d'esprit, une façon d'être de la société transmise dans le mythe littéraire.

Le vampire du 20e siècle est particulier… Il est attirant, intriguant… et abordable. L'humain peut l'approcher, lui parler, vivre avec, autant qu'il peut le craindre…

Certains stéréotypes disparaissent à son sujet : le soleil qui peut les tuer, les croix, les symboliques religieuses. On peut dire qu'il y a une certaine désacralisation à ce niveau, ce qui, n'est pas si étonnant que ça vu que les sociétés modernes rencontrent la même envie de rejet du culte !

Peut-on imaginer un vampire suivre une psychanalyse au 19e siècle ? Non, mais au 20e tout est possible, il suffit de lire S. P. Somtow.

 

Les caractéristiques récurrentes du vampire

Voici les caractéristiques que l'on retrouve le plus souvent concernant le vampire. Ce sont des généralités, qui ne sont plus forcément présentes dans certains romans.

C'est un panorama du vampire assez bref au travers du temps, resituant ainsi certains stéréotypes.

-          Le vampire attaque sa victime la nuit, pendant son sommeil ;

-          Le vampire historique est localisé en Europe Centrale ;

-          Dort dans un cercueil, un tombeau ;

-          Malgré son état de mort-vivant, le vampire ne subit pas d'altérations physiques. Il lui est cependant possible de modifier son apparence à souhait ;

-          Pour le tuer, il faut lui couper la tête, lui ouvrir le cœur, le brûler et disperser ses cendres ;

-          Pour se protéger du vampire : manger du pain fait de sang de vampire et de farine, manger de la terre du sépulcre du vampire ou se frotter avec le sang de celui-ci ;

-          Pour s'assurer que le vampire a bien été « éliminé » : le clouer dans son cercueil ; placer une gousse d'ail ou une hostie ou tout autre objet « magique » sur son corps pour l'immobiliser à jamais dans son cercueil, le décapiter, le brûler ;

-          Pour protéger sa maison du vampire : accrocher des crucifix et des gousses d'ail au dessus des portes de la demeure ;

-          Un vampire ne peut enfanter comme un humain : pour ce faire il doit boire le sang d'un humain et lui faire boire son propre sang. Sa victime se verra ainsi transformée dans les plus brefs délais en vampire.

L'existence du vampire est sujette à beaucoup de dérives, cependant, il faut se dire que dans des pays à fortes croyances populaires, cet être n'est pas seulement un mythe, il existe…

 

Les caractéristiques récurrentes des victimes

Aborder les victimes a son intérêt. Leurs caractéristiques sont tout a fait liés au personnage même du vampire et lui sont indissociables.

Il faut tout d'abord constater que, la plupart du temps, les victimes du vampire sont des parents ou des amis de la créature.

Par la suite, tout dépendra du vampire lui-même, les victimes peuvent être des personnes choisies au hasard du chemin, des vengeances pour prises de pouvoir, des vagabonds…

Le sang est directement sucé au cou de la victime. Lorsque plusieurs vampires s'attaquent à la même victime, d'autres parties du corps sont attaquées en priorité : le creux des bras, les cuisses.

Les victimes, si elles ne meurent pas tout de suite, dépérissent à vue d'œil par manque de sang. Il arrive parfois qu'une personne soit considérée comme « garde-manger » : le vampire rend des visites ponctuelles à une même personne, lui prenant un peu de son sang à chaque visite. La victime dépérit alors et meurt à petit feu sous l'œil impuissant de sa famille qui ne sait quoi faire pour la sauver.

Selon beaucoup de croyances populaires, les Tziganes et Bohémiens occupent une double position à ce niveau : bourreau ou allié du vampire.

 

Une problématique est posée…

Il est dit de plus en plus que le vampire d'aujourd'hui, au travers des romans, deviendrait trop banalisé, trop humanisé. Il en devient accessible, compréhensible et perd cette aura mystérieuse qui transparaissait dans des romans tels que « Dracula » de Bram Stoker.

Comme preuve, on prend par exemple le fait qu'il acquiert divers statuts et ne nécessite plus l'aristocratie pour cacher sa nature (pour exemple : Lestat dans « La Reine des damnés » de Anne Rice devient un chanteur populaire qui attire les foules).

Les thématiques abondent de par une quantité d'auteurs. Beaucoup d'entres eux rendent le vampire attrayant, séduisant, incroyablement énigmatique. L'être humain en est effrayé et attiré à la fois ce qui, dans un sens le rend beaucoup plus dangereux que auparavant.

La problématique vient du fait que le mythe se transforme et évolue avec le temps, le personnage prenant ainsi une ampleur qu'il n'avait pas avant.

 

Pouvoirs vampiriques

Les vampires, quelque soit la période dans laquelle ils évoluent présentent divers pouvoirs. Ces pouvoirs sont d'une grande importance et augmentent en fonction de l'âge de la créature. Voici quelques pouvoirs qu'il est possible de rencontrer :

-          La transformation : possibilité de se transformer en animaux, en fumée et voir même en objet (dans les romans de Christopher Golden, le vampire peut modifier son apparence de diverses façon, selon son ancienneté, comme la transformation en brume) ;

-          La domination : forme d'hypnotisme poussé à son extrême. Le vampire peut diriger l'esprit de l'humain sans même que celui-ci s'en rende compte ou ai donné son accord (revient souvent dans certains romans types, notamment la série des « Anita Blake » écrite par Laurell K. Hamilton ou par la force de son esprit, Jean-Claude peut marquer des humains et ainsi posséder certains pouvoirs sur leurs consciences – « Lost souls » de Poppy Z. Brite où les vampires possèdent une aura spéciale) ;

-          La télépathie : possibilité de lire les esprits ;

-          Célérité : capable des mêmes gestes que nous même à une vitesse incroyable, que nous ne pouvons déceler ;

-          La fortuitude : le fait d'avoir une force au dessus des normes

 

Quelques définitions

« Vampire, wampire, oupire et upir (n.m. et f.). Les Vampires sont une sorte de revenants qu'on dit infester la Hongrie, la Moravie, la Bohème, etc. Ce sont, dit-on, des gens qui sont morts depuis plusieurs années, ou du moins depuis plusieurs mois, qui reparaissent, se font voir, marchent, parlent sucent le sang des vivants, en sorte que ceux-ci s'exténuent à vue d'œil, au lieu que les cadavres comme des sangsues, se remplissent de sang en telle abondance qu'on le voit sortir par les conduits et même par les pores. Pour se délivrer de Vampires, on les empale, on les brûle. Quelquefois, un Vampire met en rumeur tout un pays. Il s'attache aux vivants sans se faire voir, il leur suce le sang, il les mine peu à peu : ces pauvres gens dépérissent à vue d'œil, ils deviennent étiques, ils meurent à la fin. »[5]

« Vampire n.m. (all. Vampir, du slave). Mort qui aurait la capacité de sortir du tombeau pour sucer le sang des vivants et mettre ces derniers à son service. »[6]

« Véritable mort vivant, le vampire a la peau blême, les canines développées et pointues, les lèvres vermeilles, les ongles longs ; sa main est glacée et sa poigne solide. Il quitte sa retraite accompagné du bruit de chiens hurlant à la mort ou de loups. »

« Un vampire est un être non-mort condamné à boire du sang pour survivre. Selon les mythes et légendes roumains, le vampire est le cadavre d'un individu excommunié, donc qui n'a pas été enterré religieusement. Ne pouvant trouver le repos éternel, il sort la nuit de son caveau et va sucer le sang des vivants pendant leur sommeil, généralement sa famille ou ceux qui lui ont causé du mal mais ce n'est pas toujours le cas. »[7]


[1] Le vampire dans la littérature du XIXe au XXe siècle : de l'autre à un autre soi-même / Sabine Jarrot . – Paris : L'Harmattan , 1999 . – 224 p. ; 21 cm . - (Logiques sociales). - ISBN 2-7384-8540-5

 

[2] La comtesse de sang : Erzébeth Bathory / Maurice Périsset .- Paris : Editions Pygmalion, 1975 .- 253 p. ; 24 cm .- (Bibliothèque Infernale, ISSN 0337-0712) .- ISBN 2-85704-015-6

[3] La chair et le sang : vampires et vampirisme / Elisabeth Campos , Richard D. Nolane .- Nouvelle édition remise à jour .- Marseille : C.G.R. éditions, 1997 .- 257 p. ; 24 cm .- (Les chroniques de l'étrange , ISSN 1278 – 3668) .- ISBN 2-951-0645-1-9

[4] Offrande brûlée/ Laurell K. Hamilton : l'héroïne Anita Blake vit une relation avec Jean-Claude, un vampire puissant.

[5] Dictionnaire de Trévoux, Tome VIII, 1771

[6] Le petit Larousse : grand format 2000



15/07/2007
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